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mardi 27 janvier 2004
par Denis Boudreau

Une apologie de la société de l'information ?

À première vue, la société de l'information telle que nous la vivons de nos jours avec tous les avancements technologiques et médiatiques dont nous sommes témoins est une révolution sans précédents qui démocratise enfin le plein accès à la libre information. Finie l'époque où nous devions attendre sagement le bulletin de 22 heures. Le Web est disponible 24 heures sur 24, l'information est à quelques clics de souris à peine. La perspective de voir les différents médias converger naturellement vers le Web est fantatique et laisse à croire que jamais dans l'histoire de l'humanité, l'homme n'a été aussi bien informé sur le monde dans lequel il vit. Mais l'est-il vraiment ?

La lecture des réflexions de Michel Dumais sur le journalisme citoyen, les écrits de Michael Moore sur la société américaine et mes propres questionnements par rapport à l'orientation du médium dans lequel j'évolue professionnellement m'en font douter de plus en plus. L'information est-elle plus accessible de nos jours qu'elle ne l'était il y a 30 ans ? Pas si convaincu... Du moins si elle l'est, elle ne l'est pas équitablement.

Au départ, pour un individu "bien branché", la démocratisation et la convergence des médias vers Internet semble une excellente idée. En effet, pour moi qui suis relativement bien au fait de l'évolution du Web et qui travaille à en définir le cadre avec les plus grandes instances de la Toile, je jouis du plein impact positif de l'évolution des technologies. Les banques convergent vers les services Web, les entreprises rationnalisent leurs ressources et rendent l'information les concernant uniquement disponible en ligne, les deux paliers de gouvernements automatisent leurs procédés de gestion via le Web, les réseaux d'information offrent des compléments de capsule d'information sur leurs sites; même les Producteurs Laitiers du Canada demandent de se rendre sur leur site Web pour participer à leurs concours !

Avec ma connexion haute vitesse par cable sans-fil nouvellement améliorée par Vidéotron, je file comme le vent sur l'autoroute de l'information ! Dans un pareil contexte, comment pourrais-je mettre en doute l'accessibilité de l'information ?

Pourtant, quand on y pense bien, il est probable que l'accès à la véritable information et ce, dans le respect le plus total de notre vie privée, n'ait jamais été aussi bafoué. Le contrôle sur les médias par les dirigeants des corporations et des gouvernements est partout, l'information nous est acheminée au compte-goutte, elle est filtrée, voilée, maquillée et présentée de manière à nous faire croire à la vérité, alors qu'elle est tout juste bonne à maintenir le peuple dans une ignorance contrôlée, camouflée sous des airs de pseudo-connaissances. Du coup, le journalisme se redéfinit et ainsi en émerge la notion de journalisme citoyen.

Privilégié, je dispose des outils pour voir clair dans cette sombre mascarade. Je peux fouiller le Web pour des sources d'information alternatives et indépendantes, je sais comment voiler mes traces sur Internet pour minimiser les intrusions dans ma vie privée, je suis en mesure de comprendre suffisamment les technologies et leurs impacts sociaux pour prévoir le pire et je suis équippé des derniers équipements si indispensables à l'évolution équitable dans ce nouveau cadre sociétaire. Mais tous n'ont pas ma chance. Suffit de penser au type aveugle, à celui-ci qui n'a pas les moyens de se payer le luxe de l'Internet ou à cet autre qui ne sait simplement pas lire.

Que se passe t-il pour tous ceux qui n'ont pas un accès régulier au Web et aux divers services en ligne qui y sont transférés, qui ne comprennent pas l'impact des technologies sur nos vies actuelles et futures, qui se désintéressent (volontairement ou non) de la question, en vivant dans l'illusion qu'ils n'auront jamais besoin du Web pour évoluer en société ? Il me semble que nous passons progressivement vers un monde tellement obnubilé par la quête de la rentabilité qu'elle en oublie le capital humain et pousse tout le monde dans la voie informatisée, parce qu'à moyen terme, c'est la seule qui permette de réellement faire mousser les profits.

Seulement un québécois sur deux à accès au Web aujourd'hui. À travers le monde, c'est à peine un sur dix. Dans un tel cadre, peut-on réellement faire l'apologie de la société de l'information ? Ne sommes-nous pas plutôt en train de creuser plus encore l'écart et de créer une nouvelle classe d'analphabètes et de mis-au-banc, les victimes de l'informatique ?

Denis Boudreau | 2004.01.27 @ 21:28

Alors, qu'en pensez-vous ?

Voici ce que vous aviez à en dire... vos impressions, recueillies à vif.

2004.01.28 @ 02:40 par s t e f

Tu veux que je te raconte ce qui se passe en France ?

Bon, je te raconte.

Il m'est arrivé, souvent, de faire l'apologie d'internet, l'endroit où on bronze moins bête qu'en regardant la télévision.

Systématiquement on a commencé par me parler d'argent, en me disant que c'était trop cher.

Or les gens qui me disaient ça étaient pour la plupart équipés soit du satellite soit du câble, avaient des forfaits de téléphone portable impressionnants, et passaient un temps et un argent fou dans leur voiture pour flatter leur virilité.

Il y a aussi une question de priorités, chez un certain nombre de personnes.

Maintenant, le problème se pose toujours en termes délicats, effectivement, pour les gens isolés dans les zones non urbaines, ainsi que pour les gens qui n'ont pas d'argent pour de bon.

Mais ces gens-là ont une bibliothèque près de chez eux, non ?

Quand j'étais gamin nous n'avions pas forcément assez d'argent pour acheter tous les livres que nous voulions lire. Par contre ma mère nous emmenait très souvent à la bibliothèque, et je suis très reconnaissant à mes parents de m'avoir donné goût à la lecture, et, partant, à l'écriture et à la communication, qui sont deux points forts de ce que je suis devenu.

Il s'agit donc, majoritairement, d'un problème d'éducation, même si je conviens que la question ne se résoud pas toujours si simplement et que je caricature un peu.

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2004.01.28 @ 08:00 par David

Il ne suffit pas de savoir lire il faut aussi en avoir l'intention. Et savoir lire ne garantit pas qu'on saura quoi faire avec ces petits signes. 50% des adultes nord américains ont un niveau de lecture égal à celui d'un enfant de quatrième année du primaire. Et laissez moi vous dire que les jeunes de quatrième année lisent plutôt mal.

De la même manière, un grande majorité de citoyens ont décidé de rester passifs vis-à-vis des débats, ils ont aussi décidé de rester passifs devant la technologie.

Bronzer bête à la télé, ben voyons, il y a d'excellentes émissions comme la poule aux oeufs d'or ou KM/H (ok, ok, je badine). La télévision est excellente, meilleure qu'elle ne l'a jamais été, encore faut-il savoir choisir le l'heure et le poste.

La radio pourrait aussi être un média d'information, mais que fait-on de ces André Arthurs, Jeff Fillion et autres 'radio milles collines' de se monde qui polluent nos ondes de grossières insanités. Pourtant une majorité des citoyens de mon petit coin de pays ont décidé d'écouter ces diktats programmants nos opinions à grands coups de scandales minables.

Lorsqu'on sait qu'un humain sur 10 a accès à l'internet (laissez-moi être surpris ça m'apparaît beaucoup) combien sont en mesure de comprendre ce qui se dit, combien penseront qu'il peuvent participer eux aussi à ces forums, combien pourront faire autre chose que du courriel, combien penseront à avoir un weblog ?

Mesdames, Messieurs la démocratie c'est d'abord le choix et ici nous choisissons la médiocrité.

L'internet c'est un média riche en information et pauvre en énergie contrairement à la télévision. C'est un média exigeant, qui recoure intensivement à l'écrit et à la pensée. Il est vrai que c'est un grand espoir de démocratie mais malheureusement il reste aussi accessible que la démocratie athénienne (à l'époque classique s'entend) Les mécanismes sont là, les bulletins de vote sont prêts, les scrutateurs et observateurs attendent, malheureusement seul les gens ayant un niveau x d'éducation, de revenus, vivant en zone urbaine comprendront les débats dans l'agora, moins encore oseront prendre la parole...

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2004.01.28 @ 10:24 par Paginus

C'est dire qu'il y a beaucoup d'enjeux en cause. J'attire seulement l'attention sur une distinction pas toujours faite. C'est celle qui voudrait que l'information soit davantage qu'un amoncellement plus ou moins cahotique de données.

Elle est implicite dans les propos de David sur la télé. Pour être à la bonne station au bon moment, il faut ou bien un sacré coup de chance, ou bien avoir été pro-actif quelque part.

En un sens, donc, il n'y a pas d'information sans effort d'intégration du sujet connaissant.

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2004.01.29 @ 04:06 par s t e f

re: David

<cite>Bronzer bête à la télé, ben voyons, il y a d'excellentes émissions [...]. La télévision est excellente, meilleure qu'elle ne l'a jamais été, encore faut-il savoir choisir le l'heure et le poste.</cite>

Dans mon contexte précis ça signifiait uniquement ce que j'en disais et pas plus. Je ne crache pas sur la télé, je la pratique quelques soirs par semaine, et j'en suis fort aise (que ce soit pour du divertissement ou pour regarder des documentaires).

J'aurais dû plus précisément expliquer que la télé est une 'facilité' puisqu'elle s'appuie sur une passivité reconnue.

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