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mercredi 15 janvier 2003
par Denis Boudreau

Discours emphatique sur XHTML 2.0

Un des aspects les plus fascinants de la tenue d'un Weblog comme celui-ci, c'est que je suis en mesure de relire la progression de ma pensée au fur et à mesure que celle-ci évolue, pour le meilleur et pour le pire. Avec les derniers développements de XHTML 2.0 et les réactions suscitées par les propos de Mark Pilgrim, j'ai beaucoup réfléchi (et je continue de le faire) sur ma position quant aux normes et à l'évolution de celles-ci; tout particulièrement la norme XHTML 2.0, qui retient actuellement l'attention des communautés de développeurs partout à travers le monde. Si vous suivez mes carnets depuis un certain temps, vous remarquerez cette évolution. Je vous prie de garder en mémoire que seuls les fous ne changent pas d'idée. Bon, peut-être que la maxime s'applique mal dans mon cas, mais le fait est que j'ai tout de même un peu changé ma position par rapport à tout cela. ;)

Laurent Denis apporte de très bons points aujourd'hui sur le Blog and Blues pour nuancer mes propos des derniers jours. Il m'a donné envie de pousser mon raisonnement un peu plus loin et pour cela, je l'en remercie. Le problème maintenant, c'est que vous êtes aux prises avec un très long carnet. Si vous trouvez que c'est trop long, il faut se plaindre à lui. Voici donc ma réponse, mon constat, mon opinion sur la chose.

Effectivement, il ne faut pas perdre de vue que les normes mises de l'avant par le W3C sont d'abord et avant tout des guides pour orienter la progression du médium et non des lois immuables totalitaires. Il est vrai que la norme XHTML 2.0, dans sa raison d'être, est pertinente et nécessaire pour l'évolution d'une certaine portion du Web, tout comme l'était XML d'ailleurs à une époque déjà bien lointaine.

Mais justement, si on a jugé bon de ne pas définir XML comme une Xième version de HTML, c'est qu'on a pressenti que XML était voué à un avenir très différent de HTML, un avenir répondant à un tout autre type de problématique avec des outils et des capacités propres à mieux structurer le langage... XML n'est pas HTML. Il répond à un besoin plus spécifique des développeurs certes, mais pas forcément à ceux du grand public. Cela ne rend pas XHTML 2.0 dans sa forme actuelle irréalisable ou non souhaitable; cela le rend simplement innabordable pour la majorité des gens. Ceci étant dit, au moment de sa sortie officielle, la majorité des développeurs au fait des normes voudront quand même franchir le cap, pérénité ou non. Et c'est très bien ainsi. Je compte pour ma part être du nombre.

XML n'a jamais menacé mon oncle Georges qui code encore en HTML 3.2 et qui n'a aucune intention de changer ses habitudes. Avec le eXtensible Markup Language, le W3C a en quelque sorte fait table rase des acquis du moment (HTML 4) pour partir dans une nouvelle direction, et ce en respectant tout ce qui avait été normalisé auparavant. Il a défriché un nouvelle piste, sans pour autant fermer l'autre. Il a créé les fondements d'un deuxième niveau de Web, une seconde couche pour ainsi dire. Afin d'assurer une progression logique dans les habitudes de développement, le W3C a simplement créé un pont pour faciliter la transition entre la piste numéro 1 (HTML) et la piste numéro 2 (XML) avec une nouvelle forme du langage, le XHTML. Près de trois années plus tard, pour la majorité des gens, les deux technologies demeurent toutefois destinées à vivre parallèlement, même si nous sommes tous plus qu'invités à les fusionner en une seule. Pour certains, c'est déjà trop compliqué; mais le langage est standardisé et de ce fait, il demeure viable. Moins intéressant peut-être, mais viable quand même.

Qu'à cela ne tienne, HTML 4.0 est toujours là, dans une version normalisé qui n'est pas prête de disparaître. Mon oncle Georges, s'il change un jour d'idée, pourra faire évoluer sa pratique vers une version quelconque de XHTML... à moins que celui-ci ne finisse par prendre la forme proposée par le Consortium pour XHTML 2.0.

C'est pourquoi j'abonde tant dans le sens de Zeldman lorsqu'il propose de renommer XHTML 2.0 autrement. Si la raison d'être de XHTML 2.0 est d'être développé en concordance avec une philosophie pro Web sémantique (qui est vraisemblablement le cas et qui, d'un point de vue purement théorique est parfaitement souhaitable), alors que cette nouvelle forme ultra-épurée de HTML fasse partie d'une autre branche dissociée de XHTML, mais connectée sur les normes correspondantes. Qu'elle soit plutôt associée à une branche apte à concrétiser ce deuxième niveau de Web, avec le RDF et tous ces acronymes avec lesquels je dois encore m'acculturer. Ce mythique Web sémantique, invariablement réservé à une élite en mesure de se l'approprier, sera tout de même en mesure de tirer tout le potentiel que le Web a à offrir. Mais le médium demeurera quand même le porte-voix par excellence d'un grand public désireux de se faire voir ou entendre.

Ce qui me semble tordu dans la conjoncture actuelle, c'est qu'un langage encore plein de potentiel (XHTML) et sémantiquement viable (Mark Pilgrim en a déjà fait la démonstration) soit condamné à mourir pour renaître sous une autre forme, une forme pas adaptée pour deux sous aux besoins de la masse. Il faut absolument promouvoir l'avancement technologique, je vous l'accorde sans problème. Il faut, par le fait même, encourager l'aboutissement des travaux du W3C en ce qui a trait à XHTML 2.0; seulement, comme XML à l'époque ne correspondait pas à HTML, XHTML 2.0 ne correspond pas à la réalité et aux besoins comblés par XHTML 1.0 ou XHTML 1.1; autant l'appeler différemment et continuer de faire vivre (x)HTML, dans une forme adaptive. Au moment d'écrire ces lignes, l'avenir du développement de HTML tel que nous le connaissons est sérieusement compromi.

Pour ne pas devenir un médium réservé à l'élite, le Web doit continuer de supporter et de faire évoluer des normes que le grand public est en mesure de s'approprier. Autrement, d'ici une quinzaine d'années, le Web ne sera rien de plus qu'une autre forme de télévision. Tout le monde le regardera, interagira avec, mais seulement une infime minorité de gens pourront y prendre activement part. Et moins d'intervenants signifie moins de production; par la force des choses, nous synthoniserons à peu près tous les mêmes chaînes.

Ce n'est pas le Web que je souhaite léguer à mes enfants. Ce n'est pas le Web pour lequel je me bats tous les jours.

Denis Boudreau | 2003.01.15 @ 12:48

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